Le Westrich était un
pays fantôme, plein de mystères et de légendes, sans roi ni capitale. Il
faisait partie de l'ancienne Lotharingie, le royaume de Lothaire, petit-fils de
Charlemagne. Mais, malgré la rareté des documents relatifs à son sujet, il a
bien existé. Le terme de Westerreich (Westrich) apparaît pour la première fois
dans un document de 1295, relatif au village de Morrisberg. Les historiens sont
pourtant unanimes à reconnaître qu'il existait déjà avant ; dans de nombreux
documents on le décrivait sans le nommer. C'est dire qu'il est ancien. Westrich
signifie littéralement "empire de l'ouest". Mais à l'ouest de quoi ?
Eh bien de l'empire germanique, pardi ! Par opposition à l'Autriche, "
Österreich ", l'empire de l'est.
De cet empire, essayons d'en
tracer les contours. Il faut s'imaginer que la rivière de la Sarre et ses
affluents en constituait le seul lien géographique : une véritable colonne
vertébrale. Situé entre la Moselle et le Rhin, le pays avait à peu près la
forme d'un triangle renversé vers le sud. Au nord, la base de ce triangle se
situerait dans l'Allemagne actuelle, et allait de Kaiserslautern à Sierck, en
passant par Meisenheim. Au sud, le sommet du triangle était formé par Senones,
et à l'est un des côtés passait par le Donon. Les frontières de ce pays sont à
ce point approximatives qu'à certains endroits il existe une incertitude de
plus de 15 km. Pourtant, en considérant sa forme sur une carte, nous constatons
avec stupeur que ses frontières ont la forme précise d'un diamant. Pour cette
raison, certains appelaient ce pays "Grüne Diamant" (le diamant
vert), car il était (est) essentiellement recouvert par la forêt.
Ses bourgs les plus importants
étaient, à l'époque de Goethe qui en parle dans son ouvrage " Dichtung und
Warheit " ( Fiction ou réalité) en 1770 : Saarbrücken, Sarrebourg,
Fénétrange, Sarrewerden, Sarre-Union, Sarralbe, Sarreguemines, Sarrelouis,
Blâmont, Badonviller, Faulquemont, Morhange, Phalsbourg, Bitche, Landstuhl,...
pour ne citer que les plus importants.
Il n'y régnait pas d'avantage
d'unité linguistique. Au nord on s'exprimait en langue germanique, dans le sud
en latin, en roman, puis en français. Entre les deux on usait d'un patois résultant
du mélange de ces langages.
Et d'unité religieuse ?
Pas davantage. Les plus illustres familles étaient protestantes, alors que dans
la région de Metz le catholicisme était majoritaire.
Nous ne pouvons pas davantage
parler de son unité politique ou administrative, car les nombreuses seigneuries
avaient transformé cette contrée plus vaste qu'un département actuel, en un
gigantesque puzzle déstructuré.
Il reste cependant qu'il
existait une unité culturelle que les auteurs Erckmann et Chatrian représentaient
parfaitement.